La perte, repousser la limite du temps
- Simulacre de l’espace et production du chaos
La condition d’existence du sonore est cette propension à aller vers sa perte. Sa représentation est une pente, cette décroissance vers l’extinction du son qui est la manifestation du temps exprimé entre le surgissement et évanouissement. Cette manifestation ne peut être considéré pour elle-même, le phénomène sonore se produit dans un espace mis en charge par ce son.
Par retour, cet espace se manifeste par sa résonance. La mise en charge d’un espace par le son en révèle la nature, tant volumétrique que plastique. Ce que l’on nomme ordinairement résonance correspond à la réponse de la salle à toute impulsion sonore qui en est proche ou qu’elle contient. Cette réponse apparaît comme un retour chaotique des éléments sonores signifiants, le plus souvent qui y ont été émis au préalable : voix, cris, musique, tir au pistolet pour effectuer des mesures acoustiques etc… Il faut noter que cette onde dont la forme répond toujours à un ordre connu d’apparition et d’extinction définit assez bien la nature des volumes architecturaux. Cette réponse chaotique nous dit où l’on se trouve, elle définit un lieu social: - un espace intérieur : cathédrale, simple chapelle, salle de concert, auditorium, petite salle, atelier, salon ou chambre à coucher, salle de bain,
- un espace extérieur : ruelle, forêt, carrière, voûte atmosphérique
- un espace de stockage : silo, tank à lait, fût, bidon
- un espace de circulation : égouts, tuyaux d’aspirateur ;
- ou même l’intérieur d’un espace mobile : véhicules, voiture, camion, autocar etc…
Tous ces espaces ont bien sûr été répertoriés pour des usages artistiques et des outils ont été conçus pour en maîtriser l’emploi. On prélève ce que l’on nomme la réponse impulsionnelle des salles ce qui constitue en quelque sorte la signature acoustique d’un espace. Cette réponse est utilisée dans les réverbérations à « convolution ». Un son prélevé dans l’espace neutralisé d’un studio peut être ainsi artificiellement, par ajout de cette réverbération, déplacé dans un espace « choisi » pour simuler son existence dans cet espace. Idéalité toute théorique, cette refabrication du chaos, aussi affinée soit elle, s’en tient à l’enveloppe globale des sons, considérés sous un seul point d’écoute. Elle n’est pas appliquée à un élément sonore rayonnant sphériquement. Le simulacre « fait pourtant la blague » tant l’oreille sait accepter les leurres qui lui sont proposés.
La caverne
On notera que la caverne, par sa faculté de prolonger, c’est-à-dire de maintenir en vie le son, est le lieu élu pour la production des rituels sacrés. C’est cette faculté de maintenir l’illusion d’une prolongation de la vie qui en a favorisé l’élection. L’entretien du son par la caverne en a fait le lieu où le temps ne répond plus aux lois de Chronos, le lieu où elles se trouvent tout du moins partiellement vaincues. C’est le lieu de prolongation de la vie des mots et dans le même temps le lieu qui répond à sa propre voix, d’une réponse que l’espace effectue à soi-même dans la solitude de la parole émise. Parler suppose une écoute qui précède la parole qui se formule et une écoute qui la suit, le retour chaotique résiduel en est un moteur.